1 an et demi après ma dépres...

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1 an et demi après ma dépression post-partum

Par quelle partie de l’histoire commencer… ? J’écris ce témoignage 1 an et demi après avoir fait l’expérience d’une dépression post-partum, étant incapable de le faire avant. J’avais besoin d’un peu de recul, je crois. Moi et mon conjoint avons eu notre premier bébé en octobre 2011. La grossesse était désirée. Nous avions hâte à ce moment, nous étions prêts, juste assez, pas trop à l’extrême. La naissance s’est bien déroulée à la maison comme je l’avais souhaité avec des sages-femmes. Quoi demander de mieux pour moi. Il y a eu quelques circonstances particulières qui nous ont fait transférer quelques heures à l’hôpital, mais 24 heures après la naissance, nous étions de retour à la maison. L’aventure allait maintenant commencer!

Je ne vous cacherai pas que j’étais extrêmement épuisée, mon conjoint également n’ayant pas tellement dormi dans les dernières 48 heures. Les sages-femmes sont venues 4 journées consécutives en suivi pour nous aider. Nous avons finalement appelé pour du renfort. Mes parents et ceux de mon conjoint sont venus passer quelques jours pour nous aider. J’ai mis mon orgueil de côté, car moi, super woman que je suis, j’étais persuadé lors de ma grossesse que je n’aurais pas besoin d’aide…

Je me sentais littéralement en enfer. Plus rien ne me faisait rire. J’étais en mode survie. Tout était un effort pour moi. Je me souviens être sortie à l’extérieur pour la première fois au jour 6. Je n’avais pas la force avant cela. J’essayais de dormir comme je pouvais. Je n’arrivais pas à trouver le calme nécessaire au sommeil. J’angoissais, pensant qu’il me restait encore des choses à faire. Notre bébé ne dormait pas beaucoup et se réveillait au moindre petit bruit. Pour vous donner une petite idée de mon état d’esprit, je suis allé au guichet pour retirer de l’argent et en déposer et c’était tellement difficile pour moi. Je ne me souvenais plus comment faire. Je l’avais fait des centaines de fois dans ma vie, mais là, je n’arrivais plus à faire de simples calculs. Je devais me concentrer pour y arriver. Mes idées se bousculaient. Je me sentais comme si j’avais pris une drogue ou encore pire, subi une lobotomie partielle disons! Pour plusieurs mois, j’avais de la difficulté à parler sans bafouiller. Je cherchais mes mots et c’était pénible. Je voulais juste que ça arrête. Quel cauchemar! J’étais censé vivre la plus belle période de ma vie et voilà que je voulais pratiquement en finir avec elle. Je ne voyais plus le bout du tunnel.

Alors que mon bébé avait presque 3 mois, je naviguais sur internet écrasé sur le divan, trouvant la dernière force que j’avais en quête d’informations sur ce que je vivais. C’est alors que je tombai sur un lien qui me mena au site internet du Berceau, cet organisme de périnatalité de Beloeil. Ils offraient un nouveau programme pour des mères vivant une dépression post-partum. Rendu au point où j’en étais, je n’ai pas hésité une seconde à appeler. J’avais besoin d’aide, je le savais. J’avais de drôles d’idées qui me trottaient dans la tête. Par exemple, une qui revenait souvent et qui me faisait atrocement peur était cette pensée lorsque j’étais debout et je tenais mon bébé dans mes bras : « Ohhh…. Je t’ai échappé par terre…Ça va être fini maintenant… ». Ça n’aurait tellement pas été fini! La culpabilité, la honte, la tristesse qui s’en serait suivi. Je ne me serais jamais pardonné. Je détestais avoir ces idées-là en tête. Je savais que je n’allais pas commettre cet acte, mais pourquoi je pensais à ça? Ça me hantait. Je ne voulais pas en parler à personne même pas à mon conjoint de peur d’être dénoncée. Je ne me sentais tellement pas une bonne mère ! Je ne me sentais pas vraiment attachée au bébé. Tout était effort et corvée, des tâches à accomplir. Quand est-ce que ça allait finir? J’ai senti un attachement plus profond au bébé lorsqu’il a commencé à sourire. Je me souviens avoir ressenti de l’espoir. Je voyais enfin le futur comme quelque chose d’intéressant. J’allais vivre de beaux moments avec ce petit homme rempli d’amour. Quelques jours suivants l’appel au Berceau, me voilà dans les bureaux de cet organisme avec mon bébé. Quelle épreuve juste de me rendre là-bas. J’étais déjà épuisée. Je me souviens d’avoir été essoufflée à monter les quelques marches pour me rendre à l’étage. J’avais de la difficulté à exprimer ce que je vivais. Les palpitations, les bouffées de chaleur. J’avais sans cesse au quotidien des moments d’angoisse assez intenses. J’avais souvent de la difficulté à respirer, me sentant opprimée. Oui dans ma vie, j’étais quelqu’un d’assez dynamique pouvant à l’occasion vivre du stress, mais là, c’était le summum! Je ne tenais plus en place.

Les réunions m’ont fait du bien. Au début, les journées de réunions m’épuisaient tellement que je me demandais si je devais continuer. Je crois que ce qui me demandait le plus d’énergie, c’était faire semblant que tout allait bien. J’affichais de faux sourires, je riais aux blagues même si je n’en avais pas envie. Je ne voulais pas montrer ma vulnérabilité, ma souffrance. Je ne voulais surtout pas qu’on me prenne en pitié. Non, j’étais une femme forte et j’allais m’en sortir. J’ai beaucoup changé depuis ce temps. Je respecte un peu plus mes limites et je suis capable de dire non, tout simplement. Je me souviens aux réunions que je trouvais toutes les filles pires que moi. Elles avaient besoin d’aide plus que moi. J’allais les aider! Mais moi aussi j’avais besoin d’aide, mais je détournais mon malheur vers elles. Un peu plus tard, je me suis vraiment confiée et ça m’a fait du bien. Je n’osais pas en parler à mes amies, de peur qu’elles me jugent. Même mes parents ne l’ont jamais trop su. Ils croyaient que j’étais épuisée parce que j’allaitais ou que je ne dormais pas assez, mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est que j’étais plongée dans une profonde dépression. Je suis allé chercher de l’aide un peu plus tard en hypnose et en thérapie individuelle, ce qui m’a grandement aidé. J’ai également fait des traitements d’ostéopathie. J’aurais tellement voulu que quelqu’un trouve l’interrupteur du bonheur, celui qui en un instant m’aurait fait redevenir qui j’étais avant. Ce que je ne savais pas à ce moment, c’est que cette dépression m’a amené de belles prises de conscience dans ma vie et de grands changements par la suite. Je me connais mieux maintenant. J’ai changé de domaine au travail. Je fais davantage de choses que j’aime et je me donne droit au plaisir sans culpabilité.

Je relis maintenant mon journal intime de cette époque avec lourdeur. Ça me replonge dans des souvenirs difficiles, mais je suis contente quand même de le faire. Je vois bien que je ne suis plus dans cette même énergie négative. Voici de petits extraits du journal : « C’est le chaos dans ma tête, je suis épuisée » , « Je me sens atrocement mal. Beaucoup de colère. Ça ne marche pas à mon goût. J’ai des pulsions de violence. Je dépose le bébé dans le berceau, car j’ai peur de mes réactions. » ,« Jeudi soir, j’avais peur à la maison seule avec le bébé. Paranoïa, peur que quelqu’un m’attaque, peut-être peur de moi… »

Si ce témoignage peut aider d’autres mamans ou des papas ayant une conjointe vivant de telles épreuves, tant mieux. J’aurai pu faire en sorte que la dépression post-partum soit un peu moins taboue. C’est en en parlant que les choses vont changer.

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